Démarche

L’art du simulacre

Fasciné par le pouvoir de suggestion de ce qui est familier, Daniel Corbeil interroge incessamment les êtres et les choses, débusque en eux la multiplicité des référents et s’amuse, dans ses installations et photographies, à tisser des liens analogiques entre le vivant et le technologique, entre le naturel et l’artificiel, entre le grand et le petit.

D’où ces objets volants à caractère zoomorphe, comme le Balénoptère, l’Hydrozoaire ou l’Animalcule, se présentant comme le fruit d’une technologie qui se serait mise à l’école de la nature. D’où, également, l’importance de la notion de paysage qui, à travers la pratique de la maquette et des jeux d’échelle, montre à quel point il est facile de confondre le réel et sa représentation. Les apparences sont trompeuses mais pas nécessairement mensongères ; par la simulation, qui élargit et transpose les possibilités du réel en en mimant les attributs, les multiples dispositifs techniques de Daniel Corbeil – engins volants, vues aériennes, laboratoires scientifiques, maquettes architecturales – multiplient les lectures du monde sur lequel ils se calquent.

Préoccupé, ces dernières années, par les transformations rapides imposées à l’environnement par la présence humaine, l’artiste a voulu en rendre compte en empruntant à l’imaginaire des sciences environnementales, tout comme à celui de l’architecture écotechnologique.

Ainsi, tel un clin d’œil aux procédés de modélisation scientifique, son Laboratoire climatique reproduit l’effet de serre sur des maquettes de paysage, grâce à un usage ludique de matières inusitées, perméables à la chaleur et à l’humidité. Par ailleurs, Daniel Corbeil imagine ce que seraient les réponses du monde de demain aux perturbations environnementales. Pour ce faire, il nous offre des architectures-fictions, telle sa Cité laboratoire, dont on ne sait trop si elle est utopique ou dystopique. On reste en effet perplexe devant les moyens techniques – tours vertes, aquaculture, recyclage des eaux, autosuffisance énergétique – que déploient ces installations pour évoquer comment la technologie permettrait d’assurer la survie de l’humanité dans un environnement dégradé. De diverses façons, l’artiste nous expose ainsi à une simulation qui met à l’épreuve notre soi-disant « sens du réel » en laissant entrevoir la pluralité des interprétations possibles.

Daniel Corbeil s’attache non seulement à faire semblant, mais aussi à dévoiler l’artifice de la simulation. Cette dernière est rendue ostensible par une forme de théâtralisation qui, questionne la référentialité de ce qui est présenté. C’est dans ce sens que les diverses réalisations de Daniel Corbeil – machines volantes, paysages ou dispositifs scientifiques – constituent autant de modalités d’expression d’un art du simulacre.

Jean-Philippe Beaulieu